mardi 29 juin 2010
mercredi 5 mai 2010
Prévert écrit :
Un enfant sage comme une image regarde une image qui représente un enfant sage comme une image qui représente un enfant sage comme une image qui représente...
Mais l'enfant en a assez de cette unique représentation, il veut que le décor change et toute la pièce avec. "Cette image que je regarde, j'en fais ce que je veux, ça me regarde."
Il détache la page avec soin, la déchire, lance les morceaux en l'air et attend que ça retombe, en désordre.
Et il ordonne ce désordre à sa guise, et bientôt découvre une autre image qui représente un enfant turbulent, comme il l'est lui-même souvent, secrètement et qui transforme, en souriant, le langage des images, comme il réforme et reforme les images du langage qu'on lui apprend habituellement, quand elles lui semblent être, et c'est souvent, les messages du mensonge.
Jacques Prévert, Imaginaires, Genève, Éditions d'Art Albert Skira, coll. : "Les sentiers de la création", 1970.
Mais l'enfant en a assez de cette unique représentation, il veut que le décor change et toute la pièce avec. "Cette image que je regarde, j'en fais ce que je veux, ça me regarde."
Il détache la page avec soin, la déchire, lance les morceaux en l'air et attend que ça retombe, en désordre.
Et il ordonne ce désordre à sa guise, et bientôt découvre une autre image qui représente un enfant turbulent, comme il l'est lui-même souvent, secrètement et qui transforme, en souriant, le langage des images, comme il réforme et reforme les images du langage qu'on lui apprend habituellement, quand elles lui semblent être, et c'est souvent, les messages du mensonge.
Jacques Prévert, Imaginaires, Genève, Éditions d'Art Albert Skira, coll. : "Les sentiers de la création", 1970.
vendredi 30 avril 2010
Comme chien et chat
"Sois franc, Baptiste; si ça te dérange de garder mon minou, dis-le-moi."
Première pause réflexion. Je lui dirai que ça me dérange un peu pour "x".
C'est dit.
Elle combustionne lentement. Deuxième pause réflexion forcée. Elle me demandera des explications. Je lui donnerai donc "x", "y", "z" et encore "x".
C'est dit. De part et d'autres.
C'est alors que bouille, broute et déborde le lait. C'est alors que mesquineries suraigües, tonneaux de malaise et autres lacérations âpres. Merde alors qu'on réalise que les arguments ne valent rien devant des projections de je-ne-sais-quoi de malsain de merde alors.
Et j'en ai presque oublié le chien de ma mère, que je gardais aussi.
Première pause réflexion. Je lui dirai que ça me dérange un peu pour "x".
C'est dit.
Elle combustionne lentement. Deuxième pause réflexion forcée. Elle me demandera des explications. Je lui donnerai donc "x", "y", "z" et encore "x".
C'est dit. De part et d'autres.
C'est alors que bouille, broute et déborde le lait. C'est alors que mesquineries suraigües, tonneaux de malaise et autres lacérations âpres. Merde alors qu'on réalise que les arguments ne valent rien devant des projections de je-ne-sais-quoi de malsain de merde alors.
Et j'en ai presque oublié le chien de ma mère, que je gardais aussi.
mercredi 14 avril 2010
Incompétence
Il est midi au salon du personnel tandis qu’entre un cadre visiblement imbu de lui-même. Ses coudes sont un peu trop loin de son corps, et sa chemise, un point trop grand, retombe sur l’étui d’un cellulaire hors-service. L’incompétence affairée.
Étrangement, il se montre attentionné : « Ma priorité : le bien-être des étudiants ». Il se veut drôle également : « On verra ça sur le terrain de golf, ma Johanne…» Sauf qu’il cherche les rires après ses sarcasmes poivre et sel, après ses agaceries qu’on trouve, au demeurant, déplacées, aussi subtiles qu’un rire gras. Personne ne l’aime.
Il met la table, le cadre, et le voilà blablatant de son projet qui accouchera, mort-né, on le sait. Aussi aborde-t-on d’autres sujets, plus pertinents, qui le concernent. Pleuvent alors interrogations brutes, requêtes d’acier doux, doléances affutées, réprimandes mitraillées qui atteignent, plein cœur, son incompétence. Belle balistique.
Le cadre fait alors un pas vers la porte de sortie, fait un quart de tour, puis s’immobilise, faisant face au tableau de Picasso – «Guernica». Or, ce qui me semblait être une rétractation couarde me paraît soudainement intellectualisée. Cette pantomime étudiée, répétée – et cette pose – nous oblige à supposer qu’il est à la fois réceptif et vaillant. Un machiavellito.
« On va quand même se laisser sur une note positive, hen? », trop audible-t-il, avant de tirer les rideaux.
Applaudissements.
Étrangement, il se montre attentionné : « Ma priorité : le bien-être des étudiants ». Il se veut drôle également : « On verra ça sur le terrain de golf, ma Johanne…» Sauf qu’il cherche les rires après ses sarcasmes poivre et sel, après ses agaceries qu’on trouve, au demeurant, déplacées, aussi subtiles qu’un rire gras. Personne ne l’aime.
Il met la table, le cadre, et le voilà blablatant de son projet qui accouchera, mort-né, on le sait. Aussi aborde-t-on d’autres sujets, plus pertinents, qui le concernent. Pleuvent alors interrogations brutes, requêtes d’acier doux, doléances affutées, réprimandes mitraillées qui atteignent, plein cœur, son incompétence. Belle balistique.
Le cadre fait alors un pas vers la porte de sortie, fait un quart de tour, puis s’immobilise, faisant face au tableau de Picasso – «Guernica». Or, ce qui me semblait être une rétractation couarde me paraît soudainement intellectualisée. Cette pantomime étudiée, répétée – et cette pose – nous oblige à supposer qu’il est à la fois réceptif et vaillant. Un machiavellito.
« On va quand même se laisser sur une note positive, hen? », trop audible-t-il, avant de tirer les rideaux.
Applaudissements.
Errance et bond
Sur la batture, j’erre. C’est une allée, aménagée en bois traité, aménagée en 2000. Mon pas est rapide. La musique me satisfait, ici, entre les oreilles. Poli, je retire de temps à autre un écouteur pour saluer ces passantes quinquagénaires qui me reconnaissent – « …fils à Antoine », « …garçon à Anésie », « …p’tit violoneux ». Du musée au centre commercial.
Du centre commercial au musée, une fille, un brin hommasse, cheveux rasés sous la casquette sans palette, porte un énorme casque d’écoute. Je la suis du regard tandis qu’elle bondit, d’une pierre à l’autre, comme moi enfant à Chandler, sur le brise-lame. Elle bondit par défi momentanément fixé, comme moi enfant; pour jouer à l’oiseau qui ne pose pied par terre; pour oublier, six cents mètres durant, la douleur sous les pieds, cette terre de braise, comme moi maintenant.
Arrivée au bout, agile, elle grimpe sur la falaise puis se glisse dans un nid de goéland marin. Elle se roule en boule, tire sur sa couverture immaculée comme une coquille et disparaît, comme hier.
Du centre commercial au musée, une fille, un brin hommasse, cheveux rasés sous la casquette sans palette, porte un énorme casque d’écoute. Je la suis du regard tandis qu’elle bondit, d’une pierre à l’autre, comme moi enfant à Chandler, sur le brise-lame. Elle bondit par défi momentanément fixé, comme moi enfant; pour jouer à l’oiseau qui ne pose pied par terre; pour oublier, six cents mètres durant, la douleur sous les pieds, cette terre de braise, comme moi maintenant.
Arrivée au bout, agile, elle grimpe sur la falaise puis se glisse dans un nid de goéland marin. Elle se roule en boule, tire sur sa couverture immaculée comme une coquille et disparaît, comme hier.
28 degrés Celsius, en avril, ici.
Marche sur la plage. Le projet. Là, une bande de glace sépare le sable blond, plein de cannelures, du sable foncé, que la mer a tassé. Je saute comme je peux sur ce lambeau de banquise, échoué. La marée est basse. La plage s’allonge, les pieds dans l’eau. Des joggeurs, du nord au sud. Une femme et un caniche nain. Deux petites filles jouent les ados, près des roseaux. Une brise balaie mon aura bleue, enfin. Je suis au bord des larmes, salées, moutonneuses, magnifiques, comme toi.
Corbière
Le plus normal des crapauds se serait emmaillé,
Adorablement,
Puis, gigotant pour la forme, aurait rejoint,
Nonchalamment,
La surface, pour espérer voir, au passage,
Une grenouille bronzer sur un nénufar blanc,
Nonchalamment,
Adorablement,
Cependant que je coule.
Adorablement,
Puis, gigotant pour la forme, aurait rejoint,
Nonchalamment,
La surface, pour espérer voir, au passage,
Une grenouille bronzer sur un nénufar blanc,
Nonchalamment,
Adorablement,
Cependant que je coule.
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