dimanche 17 avril 2011

Poème de route

La route brûle sous les ongles des pigeons

Sous les sandales des pouceuses
De la couronne de Montréal

Sous les cannettes de Labatt
Les emballages de fast-food
La face râpée de la reine

Et, parfois, juste au dessus,
Dans le rétroviseur,
On se partage presqu'en souriant
une crème glacée.

Ils s'enlacent malgré.

Ils s’enlacent malgré l’exiguïté qui saigne les coudes, la paperasse qui entaille les poignets, les baisers qui sucent les mots du passé, des semences de lune, là, dans son ventre vapeur. Amourachages pour des lustres, des lustres éblouissants.

vendredi 15 avril 2011

Eh ben!

Eh ben.
...
Moi qui croyais n'écrire que pour Bibi,
Bibi qui s'invente des poèmes pour lui
Qui se les relit en gros gourmand fat
(Je sais, c'est l'idée de Cendrars);
Eh ben voilà qu'on se rend compte
Qu'il y en avait assez pour deux, finalement.
...
Eh ben benvenue, la Parisienne.

vendredi 5 novembre 2010

cent ans de solitude

j'le lis pour être dans 'gang, j'pense.

pour combien de temps II

je surveille encore la même étudiante. très joli hasard. elle a la même coiffure. mais des souliers à talon-haut cette fois. je ne vois pas ses bas. elle porte des pentalons noirs, rayés, neutres, professionnels.

son tricot blanc est superbe, avec ses larges mailles qui voilent à peine une camisole rouge foncé. comme une fraise mûre nappée de crème fraîche. elle est assez jeune-vingtaine pour l'oser, par ailleurs. l'âge où une telle désinvolture est tolérable parce que jugée mesurée. plus vieille, ce serait déplacé, tout le monde en conviendrait.

elle a une posture impeccable. la pointe de ses cheveux touche à peine son dos quand elle replace les feuilles sur son bureau. ses reflets éblouissent timidement, par contre. aux tempes - je regarde par bribes - elle est un brin clairsemée. comme son tricot blanc. sortes de clairières à baisers pour l'hélicoptère de mes lèvres.

mardi 19 octobre 2010

"bon début de journée tout le monde" - gino chouinard

un concierge passe dans le corridor alors que, dans mon bureau sans fenêtre, je me débarrasse de mes pourriels comme un singe ses tiques, les lumières fermées, le visage incandescent.

il repasse, s'arrête et dit, enroué : "tu travailles au noir."

et je lui balance mon café au visage.

(c'est une blague; je feins de rire.)

vendredi 15 octobre 2010

gredzinski et blin

benacquista a écrit Quelqu'un d'autre. belle réussite romanesque. ce sont deux hommes qui, après un match de tennis, se font le pari de devenir quelqu'un d'autre. ils se donnent rendez-vous un an plus tard, pour voir.

gredzinski devient alcoolique et monte en grade dans l'entreprise de communication parisienne pour laquelle il bosse. l'abus d'alcool le désinhibe, stimule sa créativité, lui donne confiance, l'enrichit et - forcément - il devient désabusé. heureusement, il y a cette femme, si secrête loraine.

blin passe d'encadreur blasé à très-investi détective. et il ne fait pas les choses à moitié, lui qui change littéralement de visage, de métier, de statut civil, bref, d'identité. déclaré disparu, même, dans les journaux.

alors qu'on croit à une intrigue où se croiseraient le détective vermeiren (blin) et l'autre, l'amant de l'adultère loraine (l'est-elle?), les deux personnages évoluent en parallèle. pas de chassé-croisé.

alors qu'on croit à une déchéance irrémédiable chez ces deux quadragénaires anonymes, ou alors à une réussite sur tous les plans chez ces deux lassés de soi, il en est autrement. l'attentisme est déjoué.

en bout de ligne, benacquista interroge l'identité et particulièrement la légitimité de changer de peau. il propose des moyens surtout radicaux pour y arriver, mais aussi des conséquences, heureuses ou non. nuancé comme perspective? oui, pour un romancier français.

* * *

à réfléchir : Malavita, roman du même auteur : une famille devient elle aussi quelqu'un d'autre; d'états-unienne à provinciale française. manifestement, le thème de l'identité est cher à l'écrivain français qui n'a d'italien que le nom (enfin, je suppose).